L'art et la matière : l'atelier du sculpteur

Cet espace propose une immersion par les sens dans l’atelier du sculpteur. Le public y découvrira comment il travaille et pourra se familiariser avec les outils, les matériaux, et plus généralement l’univers sensible de son atelier. Seront ainsi abordées l’histoire et les techniques de la sculpture ainsi que les étapes de création d’une oeuvre sculptée : du modèle à la réalisation finale. L’ouïe, l’odorat, le toucher et la vue seront des vecteurs privilégiés pour une immersion complète dans cet univers particulier.

Raoux Pygmalion

RAOUX Jean ( Montpellier, 1677 - Paris, 1734 ), Pygmalion amoureux de sa statue , 1717, Huile sur toile

Le modelage

HOUDON Jean Antoine ( Versailles, 1741 - Paris, 1828 ), L'Hiver ("La frileuse") (esquisse), 1781,Terre cuite
HOUDON Jean Antoine, L'Hiver ("La frileuse") (esquisse), 1781, Terre cuite

 Jusqu’à la fin du XIXe siècle, le sculpteur travaille rarement seul. Dans l’atelier, le maître dirige les différentes étapes de la création et offre, par la même occasion, son enseignement à ses apprentis. L’artiste commence par dessiner le projet de son œuvre. Ensuite il imprime son idée dans des matières faciles à modeler comme la cire ou l’argile. Ce premier travail peut déjà donner naissance à une œuvre définitive, ou peut être une étape vers d’autres versions à traduire en d’autres matériaux.

Depuis des millénaires, la terre est façonnée par l’homme : c’est une matière fondamentale. Facile à travailler, réutilisable et économique, elle est cependant durable et solide après cuisson. L'argile sert souvent de matériau de conception, mais peut aussi être destinée à créer une œuvre définitive.

Comme autrefois, sculpteurs et céramistes utilisent fils à couper, mirettes et ébauchoirs pour séparer, dégrossir et affiner la masse ductile. La main et les doigts viennent ainsi presser, caresser et ajuster la quantité de matière. Il n’est pas rare de déceler les empreintes des mains imprimées sur la terre.   

La taille

Anonyme, Auguste Baussan dans son atelier travaillant à la sculpture du Saint-Roch
Anonyme, Auguste Baussan dans son atelier travaillant à la sculpture du Saint-Roch

 Pour réaliser son œuvre en pierre, le sculpteur peut utiliser une machine à “mettre aux points”. C’est un instrument pour reproduire très exactement un modèle définitif en trois dimensions dans un matériau dur (pierre, marbre, etc.), en se basant sur des points de repère et des mesures précises prises sur le moulage original. L’artiste commence par dégrossir le bloc de pierre et esquisser la forme avant d’utiliser la machine à mise aux points. À ce stade, le sculpteur peut choisir de conserver les dimensions du modèle, mais aussi de les agrandir ou de les réduire, tout en respectant les proportions prévues. Cette technique permet également de multiplier les copies d’œuvres anciennes ou contemporaines. L’artiste a enfin la possibilité de sculpter la pierre en taille directe : cette technique est plus répandue avant le XIXe siècle mais plus risquée, car le marbre, matériau solide, ne permet pas de modifier son travail. Les dernières étapes consistent à polir la pierre pour offrir un fini lisse à la vue et velouté au toucher.

 

Le moulage et la fonte

Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert,  Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, 1751 « Sculpture, fonte des statues équestres »  Planche Ière.
 
Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert,  Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, 1751 « Sculpture, fonte des statues équestres » Planche V.
 
Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert,  Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, 1751 « Sculpture, fonte des statues équestres » Planches IV et III.
Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers , 1751, « Sculpture, fonte des statues équestres », planches I, III, IV et V

Employé depuis 3000 avant J.-C., le bronze est un alliage composé principalement de cuivre et d’étain. Bien qu’il existe différents types de techniques pour la sculpture en bronze, comme la fonte au sable, celle dite à la cire perdue est la plus communément employée.

À partir du modèle original en terre ou en plâtre, le sculpteur fabrique un moule en creux, généralement lui-même en plâtre : c’est l’empreinte de l’œuvre originale. Dans ce moule en creux, dans un interstice assez fin situé entre la première épreuve et le moule, est coulée la cire. Une fois le moule cassé, l’épreuve de cire, isolée, peut être retravaillée plus finement grâce à des outils en métal. Plusieurs tiges de cire sont ensuite fixées à cette épreuve. L’ensemble, l’épreuve de cire et ses tiges, est enveloppé dans un moule, dit de coulée, puis chauffé dans un four. En fondant, la cire s’échappe à travers les tiges préalablement fixées à l’épreuve, laissant ainsi un interstice vide entre le moule et le noyau. Certains des tuyaux, les évents, permettent à l’air de s’échapper, d’autres, les égouts, à la cire de s’écouler et au bronze en fusion d’y être coulé, les jets. Au moment de la coulée, le moule est chauffé à plus de 1200°c. Une fois refroidi, le bronze est démoulé et les détails retravaillés à la main. La patine se fait ensuite par le biais de plusieurs acides.

 Une reproduction en bronze de la Tête de l’éloquence, sculptée par Antoine Bourdelle, vient clore le cycle de cet espace et des différentes étapes de moulage.

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