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Les Rencontres : « Questions de goût »

Les Rencontres 2017/2018

Auditorium du musée Fabre (18h30 - 20h)

Entrée libre dans la limite des places disponibles

 « Questions de goût »

« Du goût, on peut discuter (bien que l’on ne puisse en disputer) »

Kant,Critique de la faculté de juger, § 56

Programme :

  • Jeudi 16 novembre 2017

Valérie Arrault

Professeur des universités en Arts plastiques, directrice du Master Arts plastiques, membre du RIRRA 21 / EA 42 09, responsable du programme Pratiques plastiques contemporaines

Quel art dans le cadre d’une société de plus en plus technologique ? 

De plus en plus, des voix tentent de se faire entendre en pointant un progrès technologique qui placerait le monde sous emprise de Big Mother et ferait des rapports sociaux, une société du spectacle continu. Quand est-il de l’art de notre époque et du goût pour les pratiques artistiques technologiques ?

  • Jeudi 7 décembre 2017

Edouard Aujaleu

Professeur agrégé de philosophie, président des Amis du musée Fabre

Faut-il savoir pour apprécier ?

A trop expliquer, on gâche le plaisir ! Une opinion commune sépare volontiers l’approche intellectuelle de l’art et son évaluation sensible. Non seulement connaître et apprécier (sinon jouir) ne seraient pas du même ordre, mais surtout la connaissance serait un obstacle à l’appréciation sensible. Cependant, les œuvres d’art renvoient à des intérêts humains et sollicitent des réactions et des prises de positions plus ou moins élaborées. L’art a toujours suscité des discours critiques qui l’accompagnent dans un réseau – plus ou moins institutionnalisé – de débats où s’élaborent des paramètres critiques. Dans ces débats, le goût artistique se forme, se révise ou se révolutionne : on s’informe à travers des livres ou des documentaires, on visite des musées et des galeries et on cherche à étendre son expérience des choses de l’art.

Si face à une œuvre, nous pouvons vouloir « en savoir davantage », on tâchera d’analyser l’impact des diverses formes de savoirs sur le jugement de goût.  

  • Jeudi 18 janvier2018

Baldine Saint-Girons,

Professeur des universités en philosophie, Université Paris X-Nanterre, Membre de l’institut universitaire de France.

Goût du sublime et goût du beau :une analyse du « Portrait des Arnolfini »

Le beau est certes l’objet du goût, mais  le goût va également au-delà du beau : il vise ce qui nous fascine et nous blesse, ce qui stimule nos pouvoirs de sentir et de connaître, tout en  les débordant partiellement.  Pourquoi le Portrait des Arnolfini laisse-t-il une impression impossible à effacer ? La beauté de la facture n’y suffit pas, bien que nous soyons émerveillés par les reflets illuminant le cuivre, l’éclat somptueux de l’hermine et de la martre, le plissé savant du surcot vert, la patine des bois ou le poil roux du jeune chiot.

À l’éblouissement se joint un malaise qui s’intensifie à l’analyse. Comment expliquer l’atmosphère sinon glaciale,du moins exceptionnellement tendue, de la scène ? Qu’est donc en train de promettre l’homme ? Et pourquoi les protagonistes ne semblent-ils  pas voir les témoins, dont la double silhouette, reflétée par le miroir convexe, doit pourtant leur apparaître dans l’entrebâillement de la porte ? Regardons  le miroir-sorcière qui occupe une position centrale, au beau milieu du mur de fond : pourquoi la scène qui s’y reflète n’est-elle pas superposable à celle qui nous est donnée à voir dans le dedans de la chambre ?  Perturbés par l’absence de symétrie entre la scène qui se déroule et la scène reflétée, nous remarquons alors toute une série de détails déstabilisateurs. Le sublime naît de la conjonction du mystère et de l’attrait.

  • Jeudi 15 février 2018

Patricia Touboul,

Maître de conférence en philosophie de l’art et esthétique à l’université Paul Valéry, Montpellier III

La faute de goût dans la représentation picturale et scientifique des corps (France, XVII e siècle).

Dans le champ artistique de la peinture et de la sculpture, la théorisation de la représentation du corps humain s’élabore par le rejet de l’imitation de la nature brute. Cet assujettissement passif au donné constitue en effet une faute de goût majeure, que l’étude des proportions antiques et de l’anatomie scientifique doit corriger en montrant la nature sous sa forme idéale.

Car la faute de goût est toujours en même temps une faute épistémologique : ne pas représenter comme il convient le corps humain ou animal, c’est ne pas savoir à quel(s) usage(s) ce corps est destiné : la belle représentation est donc toujours vraie, ce pourquoi la connaissance de l’anatomie est nécessaire pour éviter, comme le dit Gérard Audran, « les figures estropiées et monstrueuses ».

Mais n’est-ce pas là un raisonnement spécieux ? Ce qui conduit à considérer comme normale la forme d’un membre, n’est-ce pas au contraire un certain penchant esthétique, autrement dit un goût ?

Dans cette mesure, nous verrons de quelle façon la problématique du goût s’immisce, au XVII e siècle, dans l’établissement des règles destinées à encadrer la représentation scientifique des corps, et comment, de ce fait, une représentation, qui devrait exclure l’« art » pour tendre à une certaine neutralité, s’y trouve au contraire sujette.

  • Jeudi 15 mars 2018

Jean-Paul Spieth,

Ingénieur, ancien enseignant à l’Institut Universitaire de Technologie de Marne-la-Vallée (Val de Marne)

A boire et à manger...Approche gustative en art plastique

 La production iconographique de scènes liées à la nourriture et à la boisson traduit, à chaque époque de l’histoire, l’impact des usages, des conventions et des modes, mais fait aussi référence aux grandes traditions religieuses, mythologiques et littéraires qui l’ont suscitée.

Plusieurs genres picturaux sont associés au boire et au manger : en particulier l'allégorie, la nature morte – qui, à certaines époques, porte une charge morale ou symbolique significative –, mais aussi la représentation plus ou moins « limpide » de la gourmandise, de l’envie et autres « péchés ».

Manger et boire sont aussi une affaire de lieux, privés ou publics, et de rites. Si la cuisine et la salle à manger leurs sont « par nature » associés, il est d'autres endroits – du café à la taverne – dont la fonction évolue au fil des temps. Il en va de même pour la désignation des différents repas jusqu’à l'apparition du pique-nique, qui introduit la nature comme décor.

Enfin, si la plupart de ces œuvres se situent dans un contexte festif, ou du moins « agréable » ou « neutre », certains artistes montrent une production qui peut être qualifiée de répugnante et qui provoque le dégoût ; mais est-ce contraire au « goût » ?

  • jeudi 12 avril

Carole Hugon-Talon,

Professeur en philosophie à l’Université de Nice-Côte d’Azur, Membre de l’Institut Universitaire de France, Présidente de la Société Française d’Esthétique et Directrice de publication de la Nouvelle Revue d’Esthétique .

Le goût est-il une vertu sociale ?